Note 1 :

 

La nuit deborde

 

Faire trace de ce qui en soi danse

 

Trois approches indissociables. Dans ma pratique, je passe souvent de la peinture (ou du dessin) à l'écriture, puis de l'écriture au dessin. Lorsque je dessine, il ne s'agit pour moi pas tant de représenter quelque chose, mais parfois d'interpréter ce que je vois pour en saisir ce que je peux en ressentir. Plus exactement, ce qui m'intéresse, c'est comment le ressenti est susceptible de teinter ce que je vois et représente. Par exemple, si je choisis de dessiner un paysage, il sera autant intérieur qu'extérieur, car c'est ce point de « confusion » entre intérieur et extérieur qui m'intéresse.

 

Cependant, la plupart du temps, il ne s'agit pas du tout de représenter, mais de faire jaillir, par le trait, le geste, les formes, ce qui pourrait être autrement traduit par un mouvement dansé et correspond à une impulsion gestuelle, nerveuse. Travailler en quelque sorte ce que j'appelle « des calligraphies nerveuse », dont le mouvement et le sens apparaissent tout en faisant mystère. D'où, très fréquemment, le fait qu'un dessin précéde un texte, ou rend possible la mise en mots de ce qui était trop englué dans l'émotion, l'affect, le pathos...Comme si le geste permettait de libérer les mots, la pensée, l'expression verbale.

 

Il arrive aussi que mon écriture, qui plus qu'écrire, fait trace, prend note des événements de ma pensée, de ce qui s'y produit, se déforme au point d'apparaître plutôt comme un dessin. Dans ces moments-là, le graphisme encrypte autant qu'il décrypte ce qui se produit lors de cette méditation en acte. Il met à jour ce qui est pensé en me permettant d'élaborer à partir de ce qui, par le geste de la main qui écrit, fait trace. Il donne « lieu », au sens propre du terme, me permettant d'élaborer quelque chose de l'espace et du temps précédant une mise en mots ou une mise en traits, images. Ce qui permet parfois de passer d'un affect plus ou moins destructeur à un acte créateur (ou créatif). Ce qui sans doute a dévié, pour le meilleur, des tentations plus anciennes de passages à l'acte. Ce qui donc, permet, de re-lier là où la déliaison a creusé des abymes.